Mexique: les brigades du pétrole public à l'attaque.

Publié le par Thierry

Lu sur Rue 89 : http://www.rue89.com/2008/04/16/mexique-les-brigades-du-petrole-public-a-lattaque

Les opposants à la privatisation de Pemex occupent les assemblées, et des groupes de militantes s'installent dans les rues de Mexico.

L’image est inédite: des députés et sénateurs issus des partis de gauche, vêtus de combinaisons et casqués comme sur une plateforme pétrolière, montent brusquement à la tribune... et s'installent pour l'occuper jour et nuit. C'était le 10 avril, et depuis, aucun accord n’a été trouvé entre les différentes forces politiques, et les deux chambres siégent depuis mercredi dans des lieux "alternatifs".

L’objet de la discorde, c'est Pemex, la compagnie nationale des pétroles mexicains. Une énorme banderole est d’ailleurs toujours déployée en haut des tribunes: "Non à la privatisation du pétrole." Le pays se trouve à nouveau fortement polarisé.

D'un côté, la droite, qui gouverne et vient de proposer une réforme permettant à Pemex de s’associer avec des entreprises privées. De l’autre, la gauche, qui se prépare depuis des mois à livrer une grande bataille contre la privatisation du pétrole, dernier bastion public après les vagues de privatisation des années 80 et 90.

La gauche, regroupée dans le Front ample progressiste (FAP), estime que la réforme proposée par le président Calderon est une "privatisation déguisée", et demande depuis des mois la tenue d’un grand débat national sur l’avenir de Pemex.

Au moment où les politiques montaient aux tribunes, le mouvement de résistance civile de l’ancien candidat à la présidentielle de 2006, Andrés Manuel Lopez Obrador, prenait donc la rue pour ne plus la lâcher.

Les Adelitas, des femmes "brigadistes de défense du pétrole"

Les "brigadistes de défense du pétrole" entourent les palais du pouvoir législatif depuis une semaine maintenant. Surprise, les brigades qui dont face à la police sont formées par des femmes bien organisées, qui se dénomment les Adelitas, en hommage à la révolutionnaire mexicaine de 1910.

 


La nuit, pour garder la place, les hommes viennent les relayer avec une discipline toute militaire. Le caractère pacifique est cependant bien respecté: femmes et hommes s’assoient sur les trottoirs, déploient leurs banderoles en chantant des slogans, mais ignorent les forces de police qui les entourent.

 

(Voir la vidéo, en espagnol, publiée sur le Blog del Astillero.)



la stratégie de la gauche est de confier aux femmes le soin d’entrer les premières en action. Si la revendication principale -la tenue d’un débat national- n’aboutit pas, la gauche a assuré que 100 000 brigadistes dans le pays (dont 20 000 à Mexico) sont prêts à bloquer routes et aéroports.

Les industries pétrolières ont été nationalisées il y a soixante ans

La gauche a bien une forte présence dans la rue, mais le Congrès reste dominé par une alliance entre le PAN (droite au pouvoir) et le PRI (parti au pouvoir pendant 71 ans) qui, ensemble, disposent de la majorité nécessaire pour approuver la dite réforme. Pourtant, les deux groupes ont reconnu que les protestations allait retarder l'adoption de la privatisation.

Le pétrole, nationalisé il y a soixante ans par le général Cardenas, reste un orgueil national dans le pays. En 1938, le général avait bien exproprié les compagnies étrangères, malgré les menaces de représailles américaines. L’actuel président est le premier à toucher à cet héritage, et personne ne peut dire quelle issue aura cette bataille, tant symbolique que politique.

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